Chroniques de l’Ancien Continent (1650 – 1885)

L’an 1885 marque une époque de bouleversements sans précédent dans l’histoire du monde connu. Alors que les regards des peuples se tournent désormais vers les vastes terres inexplorées de l’Ouest américain, peu se souviennent encore des siècles de conflits, de misère et d’ambitions qui ont conduit l’humanité jusqu’aux portes de cette nouvelle frontière.

L’Europe des Royaumes de Fer

Depuis le milieu du XVIIe siècle, l’Europe n’a jamais véritablement connu la paix. À partir de 1650, les grandes puissances du continent, le Royaume de France, la Couronne Britannique, le Royaume d’Espagne, l’Empire de Russie, les États Prussiens et de nombreuses nations plus modestes entrèrent dans une période de rivalités permanentes. Les guerres de succession, les conflits commerciaux, les querelles religieuses et les ambitions territoriales transformèrent le continent en un immense champ de bataille. L’apparition progressive des sciences mécaniques changea profondément la nature de ces affrontements. Les ingénieurs remplacèrent peu à peu les alchimistes. Les forges devinrent aussi importantes que les académies militaires. Les premiers automates de guerre, les canons à vapeur et les dirigeables firent leur apparition sur les champs de bataille. Chaque conflit poussait les royaumes à développer de nouvelles inventions, et chaque invention rendait les guerres plus meurtrières encore.

L’Âge de la Vapeur

Vers le début du XVIIIe siècle, les découvertes scientifiques se multiplièrent. Les moteurs à vapeur perfectionnés révolutionnèrent l’industrie. Les villes grandirent rapidement. Les campagnes se vidèrent au profit des immenses cités industrielles dont les cheminées obscurcissaient le ciel. Les manufactures produisaient armes, machines, textiles et équipements en quantités jamais vues auparavant. Cette prospérité apparente cachait pourtant une réalité bien plus sombre. Les royaumes européens dépendaient désormais d'une croissance permanente. Les usines exigeaient toujours plus de charbon, de métaux rares et de main-d'œuvre. La compétition économique devint aussi féroce que les conflits militaires. Lorsque certaines industries produisirent davantage que ce que les populations pouvaient consommer, plusieurs crises économiques éclatèrent. Des milliers d'ouvriers perdirent leur emploi. Des révoltes éclatèrent dans les grandes villes de France, de Prusse et d’Espagne. Même la puissante Couronne Britannique fut frappée par des mouvements sociaux violents.

La Grande Suffocation

Au cours du XIXe siècle, un nouveau fléau apparut. La population européenne avait presque doublé en moins de cent cinquante ans. Les villes étaient surpeuplées. Les quartiers ouvriers s’étendaient autour des usines comme des plaies ouvertes. L’air devint irrespirable. Les fumées industrielles, les déchets chimiques et la pollution des eaux favorisèrent l’émergence de nombreuses maladies. La plus redoutée fut bientôt surnommée la Grande Suffocation. Cette affection touchait principalement les populations urbaines. Les victimes développaient des troubles respiratoires, une fatigue chronique, des déformations des poumons et parfois même d'étranges mutations dues à l'exposition prolongée à certains produits alchimiques utilisés dans l'industrie. Les médecins des différents royaumes furent incapables d'enrayer totalement l'épidémie. Pour beaucoup de dirigeants, une conclusion s'imposa : l'Europe devenait trop petite pour accueillir sa propre population.

La Découverte du Nouveau Monde

C’est dans ce contexte que survint l’événement qui allait changer l’histoire humaine. Il y a environ cent quarante ans, plusieurs expéditions maritimes parties des grandes puissances européennes atteignirent presque simultanément un immense continent situé à l’ouest de l’océan. Rapidement nommé l’Amérique, ce nouveau monde semblait offrir des ressources infinies. Les premières expéditions découvrirent cependant que ces terres n’étaient pas inhabitées. Depuis des millénaires, de nombreuses races vivaient sur ces territoires : elfes sylvestres, nains des montagnes, peuples féeriques, géants, peuples-lézards, tribus bestiales, communautés gobelines et bien d’autres peuples encore dont certains restent inconnus aujourd’hui. Contrairement aux craintes initiales des explorateurs, la majorité de ces peuples accueillirent les humains avec curiosité et bienveillance. Les premiers siècles de colonisation furent marqués par une période de coopération relativement paisible.

L’Âge des Échanges

Les colonies humaines s’établirent progressivement sur l’ensemble de la côte Est du continent. Un vaste réseau commercial se développa entre les peuples. Les humains apportèrent leurs connaissances industrielles, leurs techniques navales et leurs innovations mécaniques. Les peuples natifs partagèrent quant à eux leurs savoirs sur la magie, les ressources locales, les créatures du continent et les secrets de nombreuses régions sauvages. De cette rencontre naquit une civilisation nouvelle dans la culture de l'Ouest américain. Dans certaines colonies, humains et peuples autochtones fondèrent même des cités mixtes dont le village de Coldwater Creek où cohabitaient technologies et traditions ancestrales.

Les Ambitions des Royaumes

Pour les souverains européens, l’Amérique représentait bien davantage qu’une simple terre d’accueil. Chaque royaume y poursuivait ses propres objectifs. La Couronne Britannique cherchait à sécuriser les routes commerciales et à contrôler les principaux ports du continent. La France voyait dans les colonies une occasion d'étendre son influence culturelle et de trouver de nouvelles ressources pour soutenir son industrie. La Prusse convoitait les richesses minières et les métaux rares nécessaires à ses armées mécanisées. L’Espagne espérait retrouver sa Reconquista qu’elle avait progressivement perdue en Europe grâce à l’exploitation de nouveaux territoires. La Russie cherchait avant tout des terres à coloniser pour sa population croissante ainsi que de nouveaux accès stratégiques vers les océans. Toutes ces puissances affirmaient officiellement œuvrer au progrès de la civilisation. Pourtant, derrière les discours diplomatiques, chacune préparait déjà la prochaine étape de son expansion.

Au-delà de la Frontière

En cette année 1885, la côte Est est désormais largement colonisée. Des villes immenses, reliées par chemins de fer, télégraphes éthériques et lignes aériennes de dirigeables, prospèrent sur le continent américain. Mais vers l’Ouest s’étendent encore des territoires immenses. Des royaumes fantastiques qui n’ont jamais eu de contact avec les colons. Les récits des éclaireurs parlent également de ressources capables de transformer l’équilibre du monde. La pression démographique en Europe continue de croître. Les maladies industrielles progressent. Les tensions entre les royaumes s’intensifient. Les grandes puissances savent qu’un nouveau conflit continental pourrait éclater à tout moment. Dès lors, l’Amérique apparaît comme la seule échappatoire. La seule promesse d’avenir. La seule terre où fortunes, gloire et pouvoir semblent encore accessibles. Ainsi commence l’ère de la Frontière. Une époque où explorateurs, colons, aventuriers, scientifiques, militaires, prospecteurs et diplomates se préparent à franchir les limites du monde connu. Car au-delà de l’Ouest se trouve peut-être le salut de l’humanité ou sa perte.